18 mois de freelance. Alors, quel bilan ?

Eh oui, ça fait environ 18 mois que Hakatech a vu le jour. J’en profites pour faire une petite rétrospective des points qui ont bien marché, ceux qui ont moins bien marché et comment améliorer tout ça.

Tout d’abord, les faits :

  • création de l’EURL en février 2010
  • 3 missions
  • 2 intermédiaires

Sur les 3 missions :

  • la première a été une mission de durée « moyenne » (15 mois) sans intermédiaire en tant que coach agile et consultant sur l’outillage Atlassian
  • la seconde mission fut une mission très courte (15 jours) d’audit de performance et contracté via une SSII
  • la troisième qui est toujours en cours est une mission de développeur sénior et qui devrait être une mission longue, contracté via une SSI aussi

Et je vais donc tenter une petite rétro par thèmes :

  • la création d’entreprise
  • l’administratif
  • la veille technologique
  • les missions
  • la recherche de mission

La création d’entreprise

Dès le début j’ai contacté un comptable qui a pris en charge toutes les formalités.
Effectivement j’aurais pu décider de tout faire moi-même pour la création de la boite. Mais de mon point de vue, prendre du temps pour aller au greffe ou au tribunal de commerce n’a rien de folichon et ce n’est pas une économie de le faire soi-même. Et puis mon comptable l’avait inclus dans son pack de bienvenue.

J’ai eu heureusement quelques conseils complémentaires d’un autre indep, sinon j’aurais peut être fait plus d’erreurs.

Bref, ce qui a bien marché :

  • la création a été simple
  • j’ai reçu de bons conseils
  • une partie de l’argent investi en capital est revenu en crédit d’impôt l’année suivante

Ce qui a moins bien marché :

  • j’ai pris un code APE trop restrictif, ce qui m’obligera a repayer aux greffes si je veux élargir mon activité. Si vous créez votre boite, donner le plus large choix possible dans vos statuts.
  • j’ai mis plus de temps avant de tout comprendre, IS, IR, TVA réel, TVA simplifié, code APE puisque j’ai pas mal délégué

L’administratif

Ah, je suppose que dans l’imaginaire collectif un indépendant croule sous les papiers, fait sa compta avec des logiciels chiants à utiliser et a toutes ces petites factures de restaurant en pile sur sa table.

Bon, heureusement c’est pas aussi cauchemardesque que ça. Mais je n’irais pas jusqu’à dire qu’il n’y a rien à faire non plus.

Tout d’abord il y a l’administratif de début d’activité, j’ai déjà évoqué la création de la boite ci-dessus mais vous avez aussi :

  • les assurances à souscrire
  • l’inscription au RSI (la sécurité sociale des indépendants)
  • les échanges avec le comptable pour l’automatisation des paiements TVA, URRSAF, IS

Parmi les assurances vous avez :

  • la complémentaire santé (votre mutuelle)
  • une prévoyance (en cas d’arrêt de travail ou de décès)
  • une assurance pro pour couvrir votre activité

Pour les assurances, j’ai utilisé les services d’une courtière en assurance, ça m’a épargné beaucoup de temps à éplucher les offres et des rendez-vous inutiles.

Bon, heureusement après ça se calme mais il vous reste l’administratif mensuel :

  • envoi des factures au client
  • envoi des éléments à votre comptable (notes de frais, relevé bancaire etc…)

Je compte environ 1h par mois pour ce genre de tâches régulières. La encore, le comptable aide beaucoup pour vous simplifier la vie.

ce qui a bien marché :

  • le fait de passer par une courtière pour les assurances
  • la délégation du gros administratif au comptable

les points moins sympa :

  • la corvée des notes de frais à recenser
  • le nombre de papiers reçus par tout les organismes qui vous perdent un peu au début
  • quelques tentatives d’arnaque par des organismes qui produisent des fausses factures administratives pour les entreprises ^^

La veille technologique

Pourquoi un chapitre sur la veille technologique ?
Parce qu’en fait c’est un aspect TRÈS important du travail du consultant freelance. Sans elle, préparez vous à de grosses difficultés.
En tant que salarié, vous avez la possibilité de demander des formations régulièrement. Ces formations vous sont parfois accordées et vous pouvez utiliser le DIF pour les financer. Votre niveau de connaissance va s’adapter aux besoins de vos projets. Et si vraiment vous êtes un peu juste sur un sujet, dans le pire des cas un prestataire externe peut être sollicité si besoin.

En tant qu’indépendant, la situation est bien différente. Vous revenez régulièrement sur le marché du travail et vous devez passer des entretiens techniques face a des personnes qui vous veulent opérationnel tout de suite. Vous êtes censés être « expert », on sera plus exigeant avec vous qu’avec des internes. La remise en cause est donc permanente.
Bref, depuis que je suis freelance c’est :

  • 1 livre par mois
  • de la veille à la maison
  • flux RSS, Twitter, forums lus quotidiennement
  • conférence régulières

Sur ce dernier point (les conférences), cela vous permet en plus d’améliorer votre réseau de connaissances.

C’est sans doute ce point qui change le plus lors du passage en indeps et qui demande le plus d’énergie.

Les missions

Tout d’abord, petit récapitulatif sur les types de missions que l’on peut décrocher en tant qu’indépendant. En fait, pour une personne qui fait du service en SSII, rien de nouveau, c’est la même classification :

  • mission en régie : vous êtes chez le client pour une mission longue. Vous avez une obligation de moyens : vous devez être présent et avoir une qualification conforme à ce qui est nécessaire pour le poste. C’est la mission classique par excellence, renouvelable par tranche de 3 mois mais ne pouvant pas dépasser 3 ans dans la majorité des cas. C’est le cadre le moins risqué.
  • mission au forfait : vous devez effectuer un travail sur un laps de temps défini contractuellement et vous avez une obligation de résultats sur un ensemble de livrables que vous avez convenu à l’avance. Ce sont en général des missions courtes. C’est plus risqué, pas de livrables, pas de paiement pour vos services.

Après vous pouvez avoir des variantes : télétravail autorisé, 4/5ème etc…

J’ai effectué 2 missions « longues » en régie et une mission au forfait de 20 jours.
Pour ma première mission j’ai du me battre pour m’imposer car la société fait une réelle séparation entre internes et externes. Première fois qu’on me regarde bizarrement parce que je tente de m’impliquer et de faire des propositions.
Sur ma dernière mission cela se passe beaucoup mieux, les externes sont bien considérés et il n’y a aucune barrière qui les empêchent d’être force de proposition.
Finalement, pour ce que j’en ai vu, quand le clivage avec les prestataires est trop fort, c’est souvent un signe de mauvaise santé de la boite.

Ce qui m’a plu :

  • la possibilité de faire une mission courte lors d’une période creuse sur ma première mission
  • la possibilité de répartir son temps sur plusieurs projets, je vais par exemple prochainement prendre 1 journée toutes les 2 semaines sur un autre projet

Ce qui m’a moins plu :

  • les boites qui font une trop grande séparation avec leurs prestataires et les traitent comme des pestiférés. Ces boites sont a fuir, aucun bon travail ne peut y être effectué.

La recherche de mission

Sur la recherche de mission, ça a été bien plus simple que prévu. En fait il existe des sites de recherche pour indépendants comme il en existe pour salariés, par exemple :

  • http://freelance-info.fr
  • http://www.freelance-informatique.fr/

Le défaut, une fois le profil posé sur ces sites, le téléphone sonne tout autant qu’avec un bon vieux profil Monster. C’est pas toujours bien ciblé, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous mais au moins ça permet de commencer à se faire des contacts.

Mais en fait c’est mon réseau qui m’a permis de trouver la première mission, un ancien collègue d’un ancien collègue d’un ancien collègue qui avait parlé de moi.
Clairement le réseau c’est ce qui permet de trouver les missions les plus intéressantes. Vous savez à qui vous avez affaire et les gens savent qui vous êtes.
Malheureusement le réseau d’un indépendant est limité au début, donc je suis repassé par freelance-info pour ma dernière mission.

Ce qui a bien marché :

  • mon réseau m’a permis de trouver 1 mission en direct
  • j’ai eu la chance d’avoir de bonnes relations avec mes intermédiaires sur les 2 autres missions
  • Je n’ai subi aucune durée d’intercontrat entre les missions

Ce qui a moins bien marché :

  • beaucoup trop d’appels, entre 5 et 10 par jours lors de l’activation sur freelance-info
  • beaucoup trop d’appels sans relation avec mon profil (développeur PHP en Picardie par exemple)
  • au démarrage de l’EURL, j’ai eu droit à deux annulations de mission au dernier moment avant de commencer (du vendredi pour le lundi)
  • je ne suis pas un spécialiste en négociation de contrat, j’ai du faire des efforts pour lire et négocier certaines clauses de contrat. J’ai des progrès à faire pour avoir de meilleurs contrats.

Les leçons à en tirer

En conclusion comme tout bon indépendant je dois continuer à agrandir mon réseau et me donner des délais moins serré pour trouver une mission. J’ai en effet tendance à me donner des délais trop courts. Si je passais plus de temps, même au risque d’avoir plus d’intercontrat je pourrais certainement trouver des choses qui me correspondent plus. Même si je ne me plains pas pour l’instant, je devrais être plus exigeant pour ne pas risquer une mauvaise surprise.

L’erreur du débutant c’est de brasser large et de vouloir plaire à tout le monde. Il faut vraiment considérer que vos entretiens servent autant à évaluer ce que l’entreprise peut vous apporter que l’inverse. En tant qu’indépendant vous retournerez sur le marché du travail assez rapidement alors autant éviter les missions mouroirs. Ça peut être reposant mais c’est très mauvais sur le long terme.

Désormais en plus des critères traditionnels (localisation, tarif, adéquation à mon profil) j’ai étoffé ma liste de questions quand je choisis une mission. Certains critères sont éliminatoires, d’autres constituent des plus qui peuvent faire pencher la balance :

  • qu’il y ait au moins une chose à apprendre sur la mission, que ce soit une techno, une façon de bosser ou n’importe quoi qui me donne une plus-value quand je ressortirai de la mission. Si je n’apprends rien ça risque d’être éliminatoire. Mais approfondir une connaissance peut m’intéresser dans certains cas.
  • que les personnes qui m’interviewent lors des entretiens techniques soient eux aussi convaincants. Si votre interlocuteur ne sait pas justifier ces propres choix techniques c’est rédhibitoire.
  • les profils des gens déjà sur la mission. Maintenant grâce a LinkedIn et compagnie il est facile d’en apprendre plus sur les gens. Ce n’est pas un critère éliminatoire mais cela peut constituer un plus si je sais que je peux bosser avec une personne reconnue par une communauté
  • la relation entre la société et le monde de l’open source. Sont-ils contributeurs ? Utilisateurs ? Ou bien réinventent ils la roue sans arrêt parce que l’open source c’est maaaal ?
  • la relation interne/externe
  • leur mode de gestion de projet
  • la quantité de code legacy
  • leur point de vue sur la qualité, l’intégration continue

etc…

En bref

Mon impression générale ? Assez positive.
Le statut d’indépendant m’a permis de mieux gérer mon temps de travail, de travailler sur des sujets intéressants et d’envisager d’autres évolutions.

J’en profite pour faire une petite parenthèse. Évidemment le manque le plus évident pour un travailleur indépendant c’est le sentiment d’appartenance à une communauté. Vous ne faites pas partie d’une boite, donc pas de CE, de pot société, de cocktail de présentations des chiffres, de soirées kart etc…
Heureusement il y a d’autres indeps et je me suis joint à une petite communauté très sympathiques : leszindeps.fr avec lesquels je me sens des valeurs en communs.
Mais comme ce n’est pas suffisant, je me regroupe avec deux autres personnes pour créer en ce moment une société (www.lateral-thoughts.com) qui je l’espère va permettre de cumuler liberté et ambiance ou il fait bon vivre. J’en reparlerais d’ici peu.

Parallèlement je travaille aussi sur un logiciel créé avec une autre personne sur notre temps libre et qui devrait sortir courant septembre www.localizeyourapps.com
Avec ces projets j’espère me diriger petit à petit vers l’indépendant 2.0 ^^

En conclusion, être indépendant c’est beaucoup de libertés et quelques contraintes. A chacun de trouver ces solutions pour limiter ces contraintes. Par exemple :

  • un administratif plus lourd peut se régler via une délégation plus grande au comptable
  • une veille technologique très importante à faire peut se résoudre par le choix d’une techno qui ne bouge jamais (COBOL, SAP). (Bon la c’est pas mon choix ^^)
  • se regrouper avec d’autres indeps pour éviter de se sentir seul et partager des astuces.
  • prendre uniquement des missions longues pour ne pas passer régulièrement des entretiens (attention quand même à ne pas en abuser)
 

hlassiege