J’en ai un peu ma claque du startup bashing

Mais vous allez me dire, « non mais c’est quoi ce titre de billet ! Pourquoi t’écris ca ? C’est pas ton genre ! »
Bon, alors déjà je fais ce que je veux et oui cette fois j’ai envie de parler un peu de Paul et Mickey (*)

Et bon sang oui, en ce moment j’en ai marre du « startup bashing » et j’assume, c’est biaisé comme avis car je bosse dans une « startup ».

Bon alors entendons-nous bien, déjà la grande majorité des personnes ne posent pas la même définition d’une startup. Mais ça, c’est pas nouveau. Ca fait des années que personne n’est capable de se mettre d’accord pour savoir si Uber, Google, Slack, Spotify, BlaBlaCar sont encore des startups.

Pour certains c’est juste une boite de moins de 3 ans. Ok, donc la librairie en bas de chez toi qui vient d’ouvrir est une startup ?
Pour d’autres il faut être sur crunchbase, maddyness ou frenchweb. Non mais je vous l’accorde pour ceux là la cause est perdue d’avance.

Et puis après t’as des définitions un peu plus spécialisées :
« une startup est une entreprise faite pour avoir une croissance de 5 à 7% par semaine » – Paul Graham
« A startup is a temporary organization designed to search for a repeatable and scalable business model » – Steve Blank
Dans ce billet  j’écrivais que « C’est une startup au sens strict du terme, car elle est en forte croissance et a nécessité plusieurs levées de fond pour se financer. »

La plus lol : « une startup est une entreprise qui ne sait pas clairement ce qu’est son produit, qui sont ces clients, comment gagner de l’argent – Dave McClure »

Ok…

Bref, on peut parler de jeunes entreprises, de moins jeunes, de boites qui font des levées, ou pas (Atlassian a bien fait des levées mais était déjà profitable), des boites qui perdent de l’argent, ou pas.

Après c’est pas nouveau, déjà avec la première bulle internet en 2000 c’était pareil. Et puis on s’en fiche, mettez la définition que vous voulez.
Pour moi c’est : forte croissance, financement externe et peu importe la taille.

Ok c’est bien gentil mais on en parle quand du startup bashing ? Oui j’ai divergé, je reprends.

Vous voulez vous faire plaisir, faites une recherche de #startupnation sur Twitter :

La foutue grande majorité de ces tweets sont clairement négatifs. Et il y en a beaucoup. On a l’impression que tout les soucis en entreprise c’est nouveau avec les startups. La précarité, c’est les startups, le sexisme, c’est les startups, le burnout, c’est les startups et j’en passe.
Qu’il y ait des gens qui n’ont pas envie de bosser en grandes boites, en petites boites, dans un secteur en particulier etc… C’est de tout temps. Mais qu’est ce qu’on fait les startups pour ce type de tweet ?


Pour rappel les startups c’est tout autant la petite boite francaise Oscadi, 12 personnes, dans le domaine du médical et qui propose un kit pour faire des échographies en situation de mobilité que Uber, énorme boite US et dont je ne vous ferais pas l’insulte de vous expliquer leur boulot.

Un type en scooter se prend une prune, il fait partie de la #startupnation
Les heures supplémentaires pour les profs c’est #startupnation
Le gel de l’indice des fonctionnaires, encore la #startupnation

What the fucking fuck !?

Dans la presse c’est aussi ce type d’article.

Bon mais je pense que vous avez compris le vrai souci. C’est politique. Le mot startup nation a été repris des thèmes de campagne de Macron aux dernières élections. C’est devenu un symbole, que ce soit en positif ou en négatif. Du coup, une startup forcément ça cristallise tout les défauts de la personne qui les met en avant.

En plus comme à chaque élection, t’as toujours des types en haut qui décident que c’est bien d’opposer des gens entre eux parce que ca permet de faire diversion. C’est la faute d’untel ou d’untel si ca va pas, mais ne regardez surtout pas plus loin… non attendez ne regardez pas… vite une coupe du monde !

Alors dans le lot, est ce qu’il y a quand même des choses dont on peut discuter ?

« La #startupnation c’est rien que des jeunes qui mangent des pates et qui n’ont rien compris encore à la vie »

La moyenne d’âge pour les créateurs d’entreprises est de 36 ans d’après l’INSEE et d’après cet article l’âge moyen des créateurs qui réussissent c’est 45 ans  ou 47 selon cet article.

Oui Zuckerberg avait 19 ans quand il a sorti Facebook. Mais le créateur de Linkedin avait 35, celui de Netflix avait 37, celui de Redbull avait 61, Zynga 41 etc…

« Les startups ça brasse du vent »

Oui, il y en a. Je vais pas vous mentir et cacher certains énormes fails, genre Juicero la boite qui pressait des oranges mais mieux, ou pas. Total craquage de la silicon valley 

Des mauvaises idées il y en a toujours eu. Rappelez-vous de Bonaldi qui nous présentait des inventions farfelues (celle là je me demande combien de lecteurs auront la référence).
Plus récent, je vous laisse découvrir d’autres fabuleuses inventions.

Mais c’est vrai par contre qu’aujourd’hui il y a des types capable d’aller investir des millions dessus pour pas rater un truc et parce que le créateur a eu la bonne idée de mettre un buzz word dans sa présentation, ou des journaux prêt à en faire un article parce qu’il faut meubler la rubrique innovation de la journée. Les trucs absurdes qui auraient jamais dépassé le stade du garage il y a 20 ans ont désormais une chance.

Parfois c’est pas un mal, certaines boites, utiles celles-ci, ont bénéficié de ça.

A côté de ça, les startups ou ex startups c’est aussi votre moteur de recherche, c’est la recherche sur les voitures autonomes, c’est des boites qui font des prothèses, de la musique ou vidéo en ligne etc…
Vous pouvez être fan ou pas de spotify, linkedin, blablacar mais ca me parait difficile de dire qu’elles brassent du vent.

« La disruption par le brainstorming boosté par le happiness officer, on en a gros »

La je vais pas vous contredire et ça me fatigue aussi. Les nouveaux métiers qui n’en sont pas, les nouveaux concepts qui n’en sont pas. Ok c’est pénible. C’est comme tout, il y a des modes.
Après c’est assez général, les Chief Digital officer fleurissent dans les grands groupes traditionnels. Ils organisent des safaris, oui je déconne pas, des safaris, dans les petites boites pour « digitaliser l’esprit de leurs collaborateurs ».

Et d’ailleurs au passage, l’ancien vocabulaire était pas non plus folichon.
« On va faire du team building pour nos collaborateurs »
« Tu pourrais benchmarker ce reporting ASAP et reboucler en interne avec ton N+1 »
« Tu pourrais mettre une cravate, ca fait pas très corporate »

Je ne sais pas ce que je préfère honnêtement….

Bon et en vrac.
Vous êtes anti Apple qui fabrique ces téléphones dans des conditions déplorables, on peut trouver tout autant d’entreprises traditionnelles qui font de même. Et merci de ne pas oublier la coupe du monde de foot qui ferme les yeux constamment sur l’esclavagisme moderne qui va permettre la coupe du monde au Qatar dans quelques années.
Vous reprochez aux startups de faire de l’évasion fiscale, je vous invite à consulter https://france.attac.org dont c’est le cheval de bataille et vous verrez que ca parle aussi de pas mal de grands groupes du CAC 40 Français.

Les pratiques de merde c’est pas propre aux startups, on en trouve partout.

Alors oui, je ne me sens pas concerné et je pourrais juste ignorer. Mais j’avoue que c’est désagréable de voir des gens que tu connais qui envoient des scuds sur Twitter, Slack, Facebook, leurs blogs etc… Je comprends qu’en fait pour la grande majorité ça reflète surtout une opinion politique lié au contexte actuel. Mais comme on dit, « faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain ».
Si vous êtes contre les « startups », vous êtes juste contre les entreprise de 1 à 20 000 salariés, bossant dans la finance mais aussi l’agriculture, le médical, le transport, la bouffe. Certaines sont pourries, d’autres pas.

Je sais pas si ça soulage ce billet, mais ca me titillait 🙂

Et oui je sais que j’ai pas abordé tout les thèmes. Hésitez pas à en rajouter.

(*) n’hésitez pas à m’envoyer un email si vous ne la comprenez pas celle là.

 

hlassiege