A la fin de l'envoi, je code !

REX BOF NoSSII

Bon, avec un titre pareil je dois déjà avoir perdu 80% des lecteurs 🙂

Jeudi  28  mars au soir lors de Devoxx France nous avons participé à un BOF (une table ronde) sur le thème des NoSSII.

Intéressé par un retour ? Curieux vis à vis de ce terme ? Alors c’est parti.

Jeudi soir nous étions donc réunis, Ninja-Squad, Scopyleft et Lateral-Thoughts pour parler de nos boites respectives. La salle était plus rempli que prévu, entre 40 et 60 personnes devait être présente, 10 selon la police.

Surprenant non ? Apparemment le titre a du accrocher les esprits. Sceptiques, discrets, enthousiastes, hostile, les réactions ont été diverses et variées. Comme quoi ce nom a plutôt de bonnes qualités pour se faire connaitre 😉

Avant d’aller plus avant, petite définition qui s’impose, qu’est-ce que le NoSSII ?

Littéralement il s’agit de Not Only SSII et ce terme est apparu pour la première fois via Jean-Baptiste Lemée. Pour être honnête je ne retrouve pas son post ou son tweet d’origine mais je lui attribue la paternité sur son blog. “Pas seulement une SSII” ça peut dire plein de choses. Comme aucune définition officielle n’a été donnée, je vous laisse juge de votre interprétation.

On y reviendra.

Avec les 3 boites présentes on avait prévu vaguement un plan. On avait pris l’âge des sociétés et on devait présenter chacun une étape d’une boite collaborative de la naissance à l’enfance. Aucune ne pouvant se vanter d’une très longue vie. ScopyLeft, les benjamins, devait évoquer la genèse, l’idéal. Ninja-Squad, 1 an d’existence, devait parler de la création d’entreprise. Et Lateral-Thoughts, 1 an et demi, devait aborder les écueils rencontrés. Le tout devait durer 10min, ensuite on devait laisser place aux questions.

Parfait comme plan, non ?

Aucun plan de bataille ne survit au premier contact de l’ennemi – Sun Tzu

Bon en fait, les questions sont venus super vite ^^ Normal, c’est le format qui veut ça. C’est parti dans plein de sens différent et finalement 1h ça a été trop court. Mais c’était cool, un peu tendu comme on le verra plus bas, mais cool.

Alors d’abord, même si ça n’a peut-être pas été super clair au début il y avait bien 3 sociétés. Des valeurs en communs, sinon on n’aurait pas présenté ce BOF, mais des implémentations différentes.

Implémentations de statuts différentes déjà : SCOP, SAS, salariat, travailleurs non-salariés.

Taille d’équipes différentes, ScopyLeft et Ninja-Squad ont choisi de rester en cercle restreint, Lateral-Thoughts est passé de 3 à 8 personnes en 18 mois.

Mais une envie et des valeurs humaines en communs :

  • une volonté de se faire plaisir

  • une volonté de ne rien se cacher

  • une volonté de ne pas faire que de la prestation un jour (lointain ?)

J’en profite pour citer David Larlet (ScopyLeft)

ScopyLeft est une entreprise fondée sur des valeurs pour créer de la valeur – issu de son propre REX sur cette même soirée

C’est beau hein. Et j’en profite pour citer Agnès Crepet avant de poursuivre histoire de poser un peu l’ambiance et de couper court tout de suite aux remarques comme quoi ce n’est pas réaliste.

Nous, on est au pays des Bisounours. – Agnès Crepet

Oui, peut-être que c’est pas réaliste mais on assume. Mais j’en place une dernière :

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. – Mark Twain

Coïncidence, j’avais déjà repris cette citation dans un article précédent sur le Lateral-Thinking. Si vous ne l’avez pas lu, il faut, car ça vous permettra peut-être de comprendre une partie de l’esprit qui peut se cacher derrière ces boîtes.

Passons aux questions qui nous ont été posés maintenant.

Comme je disais les questions sont venues assez rapidement. Et étonnamment, sur un ton un peu agressif :

En quoi vous êtes différent des SSII ? C’est n’importe quoi, en fait vous êtes pareil. Il y a déjà d’autres boîtes qui font ce que vous faites. – Un anonyme

Le ton était un peu rentre dedans, inattendu. Avec le recul j’ai tenté de comprendre pourquoi et une autre personne m’a donné une réponse assez convaincante, je cite :

Beaucoup d’entreprises aujourd’hui ont un discours sur “les valeurs”, sur le bien-être de leurs employés et un travail collaboratif ou chacun peut contribuer à l’image de la boîte. Dans les faits il y a beaucoup de bullshits derrière tout cela et des pratiques peu sympathiques. Alors finalement, une énième boîte qui prétend être différente, qui met encore en avant des valeurs, toujours les mêmes et bien ça énerve. Ça donne envie de les remettre à leur place. Hé les gars, réveillez-vous vous faites la même chose que les autres !

En fait non. Mais on va y revenir.

Une autre hypothèse plus simple, certains ont lu No SSII. Pas de SSII. Et dès le début ils comprennent qu’on vit de la prestation. Et qu’on passe même parfois par ces SSII pour profiter de leur force commerciale. “On m’a menti pour m’attirer dans cette salle alors que j’aurais pu aller voir le BOF Nosql à côté !

Echec. Effectivement il a fallu clarifier. Nous sommes complémentaires, une alternative en terme de fonctionnement. Une organisation qui de par sa nature même sous-tend des rapports humains différents. Mais nous ne sommes pas antagonistes. Nous faisons du service, pour l’instant. Nous avons beaucoup de respect pour quelques boîtes, moins pour d’autres c’est vrai.

Sur les valeurs justement, j’en profite pour citer Florent Ramière qui nous a fait une jolie intervention applaudie par les participants. La citation sera approximative évidemment :

Après plusieurs années à travailler sur un modèle très proche, ce qui reste en fin de compte, ce qui est important ce sont les valeurs humaines des gens qui composent la boîte. Le reste peut changer, se dégrader, devenir meilleur, ou pas, mais les valeurs forment un pilier. Ça peut sembler suranné mais c’est fondamental.

Bon. Florent, “suranné” c’est un peu vieillot comme terme, t’as du perdre 80% des gens. A la limite @Deprecated c’était le terme le plus geek que tout le monde aurait compris 😉

C’est aussi dans cette phase de la discussion que Ugo Bourdon, une des personnes présentes a tenté de revenir sur un terrain plus intéressant : le fond

Attention, les questions portent sur la forme, sur le comment vous faites tel ou telle chose, sur le fait que vous allez à Devoxx et que ce n’est en rien différenciant d’autres boîtes ou 100% de leur effectif était présent eux aussi, sur vos relations commerciales etc…

Mais nous nous sommes éloignés du fond. Ce que ce type de société apporte c’est un changement politique dans la structure de gouvernance de la boite. Là où on a un mode autocratique et dictatorial dans une boîte classique, on arrive ici sur un modèle démocratique.

Il est fort ce Ugo, toujours à revenir sur des analyses sociétales. Et comme je ne pense vraiment pas pouvoir retranscrire sa pensée fidèlement, j’espère qu’il commentera ici pour compléter ou bien n’hésitez pas à l’alpaguer sur Twitter.

Questions suivantes.

Cette fois on rejoint le domaine de la crainte, réaction assez typique :

“Mais vous connaissez peut-être UT7, eux aussi avaient un modèle différent et ils sont en redressement en ce moment.”

Ou bien

“Mais que se passera-t-il dans 10 ans ? Est-ce que vous pensez pouvoir garder vos valeurs ?”

“Et si la situation économique se dégrade et que l’un d’entre vous fait perdre de l’argent, comment vous allez gérer ça ?”

Toutes ces questions me rappellent quand j’ai démarré freelance. J’ai parlé du modèle avec plusieurs collègues depuis et plein ont semblé intéressé. Mais une grande partie n’a jamais franchi le cap. Depuis quelques années ils ont construit des dossiers dignes des meilleures administrations communistes. Il fallait être capable de répondre à tout :

  • Et que se passe-t-il si jamais je me casse la jambe dans le métro en allant au boulot ?

  • Mais t’as entendu, certaines sociétés ne veulent plus d’indeps ?!

  • Et comment ça se passe si mon client cesse son activité suite à une attaque terroriste un jour férié (ok celle la j’ai un peu exagéré)

Je les comprends ces questions, il faut un minimum être capable de répondre à certaines. Mais à un moment il faut se lancer, il ne faut pas se laisser paralyser par la peur. Tout peut arriver, les risques existent et oui, potentiellement quelque chose se passera mal.

Je vais prendre un parallèle sportif. Je pratique du jujitsu et quand j’ai débuté je faisais beaucoup d’erreurs pendant les combats. Au début je ne voyais pas les coups venir. Parfois même je fermais les yeux. Enfin, même ouvert le résultat était le même.

Avec l’expérience j’ai fini par les voir arriver. C’était comme si les mouvements étaient plus lents, j’étais capable de les anticiper dès l’amorce d’un geste. J’envisageais toutes les options de parade ou d’évitement possibles. J’envisageais la suite de la parade et la situation dans laquelle je devrais me retrouver pour poursuivre une attaque, un peu comme un joueur d’échec qui anticipe sur plusieurs mouvements.

Enfin, plutôt c’est ce que j’aurais aimé faire.

Dans la pratique l’action se finissait plutôt mal pour moi, le traitre en face de moi ne m’avait pas laissé le temps de terminer mes réflexions. J’avais été paralysé par la réflexion.

Plus tard j’ai appris à automatiser les parades/ripostes à un niveau primal tout en continuant une analyse stratégique en même temps. Merci l’expérience et la pratique.

Ne laissez pas votre imagination vous paralyser. Utilisez votre expérience pour voir les coups venir et réagissez rapidement en mobilisant toute l’expérience de vos échecs passés. Mais lancez-vous par contre.

Dans votre carrière professionnelle c’est identique, il faut anticiper, être capable de reconnaitre une mauvaise situation, un évènement qui va créer du risque pour vous dans l’avenir et il faut être capable de rapidement les désamorcer, les minimiser ou les éviter. Mais il faut avancer, pas se terrer dans les cordes en attendant que l’orage passe.

Tentons tout de même de répondre.

Je ne connaissais pas UT7. Apparemment David Larlet de ScopyLeft les a rencontrés et ils commencent à ressortir la tête de l’eau. A priori ils ont tenu bon et ont cru à leur potentiel, ils sont toujours là. Mais peu importe qu’ils aient échoué ou pas. Evidemment qu’on peut se planter. Nous n’avons pas inventé la formule magique anti boulette. La crise peut nous toucher ? Evidemment. Nos rapports humains peuvent se dégrader ? Ben écoutez, si c’est possible dans un couple ça doit être possible dans une société, non ?

Est-ce que nos valeurs résisteront devant les difficultés ? Aucune idée. Mais ce dont je suis sûr c’est qu’on ne se pose même pas la question pour les boîtes qui n’ont pas de valeur. Ah ça, c’est sûr que quand on a rien à défendre c’est plus facile de retourner sa veste.

Nous avons cependant des garde fous, ils résisteront, ou pas. L’avenir nous le dira.

Ce qui est intéressant derrière tout cela repose sur une phrase qui a été donné à un moment :

Dans une société collaborative, nous partageons les risques

Voici ce que certains ont entendu :

Dans une société collaborative, nous multiplions les risques

Voici ce que l’on voulait dire :

Dans une société collaborative, nous partageons

Et ça me permet d’établir une transition avec une question suivante :

Pourquoi se regrouper ? Que fait-on de différent qu’en étant juste freelance ? Pourquoi partager ?

Sur ce point, c’est purement une question de ressenti, une question de personne. Certains freelances arrivent seul à faire beaucoup : sortir un soft, faire de la formation, écrire des bouquins etc… C’est possible. Il y a des difficultés mais c’est possible.

Mais en se regroupant on met en place une communauté de moyens. En off David Gageot disait :

C’est bizarre que les gens ne comprennent pas ce mécanisme d’effet de levier.

Sur l’effet de levier, j’ai adoré le parallèle bien geek de @lefreelance dans son retour sur notre BOF


En attendant si vous doutez de l’utilité d’unir vos forces autour d’une même cause, regardez ces braves gens dans la photo ci-dessous, ça leur a plutôt bien réussi.

 

Mais jusqu’où aller dans cette communauté de moyen ? Ce fut justement le sens de plusieurs questions sur le sujet. Jusqu’à quelle taille ce modèle est-il viable ?

Le plus dur à scaler étant le modèle à plat, sans hiérarchie.

Déjà, avant de répondre en détail, je vais citer quelques boites qui ont su grandir avec des modèles à plat :

Ça c’était uniquement pour démontrer que c’est possible, point.

Et vous pourrez retrouver une liste de sociétés sur un billet que j’avais déjà écrit il y 5 mois : les sociétés coopératives

Maintenant, entrons dans le vif du sujet. Parmi les 3 boites présentes, 2 ont une réponse très simple à la question de la croissance :

Inutile de grossir.

En raison de quel principe devrait-on absolument croître pour être heureux ? Qui a dit qu’une société devait avoir comme objectif principal de s’agrandir ?

Mais quand même, imaginons cependant que nous souhaitions quand même le faire ?

Chez Lateral-Thoughts nous avons une piste pour tenter de grossir correctement : la sociocratie

Pour simplifier et pour ceux qui maitrisent le vocabulaire Scrum, on pourrait parler de Scrum de Scrum. Mais ce serait une grossière erreur de se contenter de ce parallèle.

Reprenons la définition Wikipédia :

La sociocratie est un mode de prise de décision et de gouvernance qui permet à une organisation, quelle que soit sa taille — d’une famille à un pays —, de se comporter comme un organisme vivant, de s’auto-organiser. Son fondement moderne est issu des théories systémiques. L’objectif premier est de développer la co-responsabilisation des acteurs et de mettre le pouvoir de l’intelligence collective au service du succès de l’organisation.

Je vous renvoie à la keynote de Habib Guerguachi sur les systèmes de demain : ceux-ci seront distribués et composés d’une myriade de composants spécialisés qui ne feront qu’un job, mais qui le feront bien. Rappelez-vous sa classification entre entreprises solides, liquides et gazeuses. Les entreprises de demain seront celles qui seront capables de changer de forme et d’occuper tout l’espace disponible dès que la configuration de leur environnement changera.

Fumeux ? Trop théorique ? Peut-être.

Prenons un exemple concret dans ce cas, la démarche commerciale. Certains nous ont demandé comment nous faisions. Pour l’instant nous avons fonctionné par recommandation, bouche à oreille mais aussi par des intermédiaires. C’est déjà une forme de relation entre sociétés spécialisés, une qui réalise, l’autre qui démarche. Et on commence de plus en plus à voir des acteurs arriver sur le marché pour faciliter les relations sur un seul domaine : 99 designs ou créasenso pour le graphisme, HopWork pour les freelances etc… Il manque encore un peu de liant et on va arriver à cette notion de cercles de recommandation, bien plus vite que ce que certains ne le croient. Dans le même registre, nous faisons appel à un cabinet comptable spécialisé dans les freelances et petites structures, encore une forme d’interaction entre entreprises spécialisés.

Personne ne s’est étonné de voir 3 sociétés présenter ensemble ce BOF ? Personne ne trouve surprenant que chacune de nos sociétés fasse la promotion de l’autre ? N’est-ce pas déjà les prémisses d’un organisme plus grand, d’une intelligence collective, de cercles de confiance ?  Ça ne rappellerait pas un peu la sociocratie tout ça ?

C’est donc déjà une forme de croissance. En fait si vous avez assisté au BOF vous n’avez pas vu 3 sociétés mais un grand organisme multi cellulaire de 16 personnes avec les mêmes valeurs.

Et pour conclure ce BOF, Jean-Baptiste a souhaité rappeler une évidence à tous ceux présents

Soyez les maitres de votre vie, choisissez votre société en fonction de ce que vous voulez faire. Et si les structures existantes ne vous conviennent pas, créez la vôtre, trouvez d’autres fous pour vous suivre et lancez-vous.

Your turn

Et pour finir, je vous mets ici quelques liens que je trouve enrichissant, pour comprendre nos inspirations. Ce sont de bonnes lectures :

 

  • Le terme NoSSII, je l’ai utilisé pour la première fois là : http://www.java-freelance.fr/lateralthoughts/encore-mieux-que-freelance#more-1498

  • GL

    Sympas l’article, vu que je n’ai pas pu me rendre au BOF ce soir la.

    J’ai une question, si « vous » êtes dans un monde de bisounours, pourquoi ne pas proposer des formations à des prix « discount » ?

    • Ouah, c’est une question super ciblée ^^
      Un besoin particulier de formation 😉 ?

      En tout cas il n’y a pas forcément de lien entre « être un bisounours » (relatif à notre façon d’aborder les problèmes et de parier sur la bonne nature des gens et des nos relations) et le coût de notre travail. Enfin je ne le vois pas à première vue.

      Par contre plus sérieusement sur les formations n’hésites pas à nous contacter, il y a des tas de façons de procéder pour que ce soit accessible.
      a+