A la fin de l'envoi, je code !

Travailler autrement

« Travailler autrement », c’est pas la première fois que vous entendez ce slogan n’est-ce pas ?

Amusant, beaucoup affirment « travailler autrement ». Encore faudrait-il s’accorder déjà sur la façon dont on travaille aujourd’hui avant de parler de faire autrement, non ?

C’est bien gentil de dire qu’on va changer les choses, mais changer quoi ?

Donc, resituons un peu pour ceux qui auraient le malheur de tomber sur ce blog sans savoir de quoi il parle (les pauvres). Je bosse dans l’informatique et c’est donc logiquement de ce merveilleux métier « d’informaticien » que je vais parler. J’ai eu la chance (?) de bosser en SSII, en startup (dès 2001 !), chez un éditeur, en freelance, en société collaborative, bref que du bon, enfin presque.

Je vais essayer de vous brosser un tableau de la situation d’aujourd’hui, tableau peu reluisant, chiffres à l’appui et j’essaierais ensuite de vous décrire les alternatives qui s’offrent à nous.

Des chiffres !

J’entends souvent des personnes qui me demandent des chiffres sur le nombre d’informaticiens en France, le nombre de freelances ou le nombre de chômeurs dans notre profession.

Je vous propose donc un petit tour rapide sur ces chiffres en espérant ne pas être trop rasoir (forcément un peu, ce sont des chiffres). L’objectif n’est pas d’aligner des chiffres pour aligner des chiffres. Mais il paraît compliqué de comprendre notre profession sans avoir quelques bases.

Déjà, première chose, les chiffres sont assez difficiles à trouver et on trouve pas mal de différences pour la simple et bonne raison que les définitions, les modes de comptage ne sont pas les mêmes.

Tout d’abord, d’après l’INSEE , vous serez content d’apprendre qu’il y a 533 000 informaticiens en France, dont 325 000 ingénieurs. On est quand même loin des 800 000 annoncés par le Syntec. Ils ont du apprendre à compter avec des manifestants, on reconnaît la marque de fabrique.

Pour rappel, le SYNTEC c’est une organisation patronale, membre du MEDEF, auquel la quasi totalité des sociétés du secteur informatique sont affiliés.

Mais ces 533 000 informaticiens ne travaillent pas tous dans le secteur de l’informatique à proprement parler. En fait nous ne sommes que 332 000 dans le secteur informatique : SSII ou éditeurs de logiciels. Le reste travaille dans des DSI pour des sociétés dont le cœur de métier n’est pas l’informatique (banques, agence de voyage etc…).

Et c’est avec plus de 145 000 informaticiens réunis dans 15 000 SSII que nous avons le triste record de : un salarié sur deux dans le secteur informatique travaille en société de service. OK, 43%, j’exagère, c’est pour le côté théâtral. C’est aussi 27% des informaticiens tous secteurs confondus.

Et parmi tout ça, vous avez 31 000 freelances qui se baladent un peu plus librement. Cela représente donc 9% de l’ensemble des salariés du secteur informatique ou 5.8% sur la totalité des informaticiens. Pas mal quand même !

Attention, malheureusement ces derniers chiffres datent de 2007 !

Si vous en avez des plus récents, je suis plus que preneur.

Dans une autre étude trouvée récemment il était question de 622 000 salariés au total dans l’informatique et 21 000 freelances. Malheureusement leur seule source semble être le SYNTEC que je ne qualifierais pas comme étant la source la plus fiable du monde, loin de là.

Lesjeudis en 2009 semblait confirmer ce chiffre de 31 000 freelances.

Une pénurie d’informaticiens ?

Tiens justement, et si on parlait des chiffres polémiques, ceux de cette fameuse pénurie d’informaticiens dont on nous rebat les oreilles depuis des années, ceux-là mêmes qui font débat entre le SYNTEC et le MUNCI.

Déjà rappelons un peu les faits, depuis des années, différentes voix crient à la pénurie d’informaticiens, par exemple ici :

  • Une étude mené par Manpower (belle source…)
  • La commission européenne qui indique une pénurie de 700 000 postes (ou 900 000 dans d’autres articles) dans l’IT au niveau Europe et entre 40 000 et 70 000 juste en France
  • L’école 42 qui se fait un peu de buzz sur cette mode de la « pénurie ». On remarquera les chiffres complètement délirants : pénurie de 140 000 ingénieurs informaticiens et de 30 000 développeurs
  • Et même Fleur Pellerin qui crie à la pénurie de 60 000 à 100 000 postes.

 

Ces chiffres sont très largement contestés par le MUNCI et d’autres :

 

Il est quand même bon de rappeler que le taux de chômage de notre profession est entre 6 et 9% selon les sources, moins que la moyenne nationale, mais loin d’une « pénurie ».

Et pour les petites anecdotes amusantes sur notre secteur, saviez-vous que :

  • 4 offres sur 5 ne correspondent pas à un véritable poste
  • sur 40 offres d’emploi, 1 seule correspond à une véritable création de poste (les autres correspondent au turnover)
  • D’ailleurs, 15%, c’est le taux de turnover moyen dans les boîtes d’informatiques, le double de la moyenne des autres secteurs
  • Une offre qui ne correspond pas à un poste réellement disponible est tout simplement… illégale. (donc ces fameux entretiens ou on vous explique que vous serez embauché si la SSII gagne le contrat…)

Dernier point, si vraiment nous étions en situation de pénurie, il y a une loi relativement immuable qu’on appelle « l’offre et la demande ». Vous connaissez j’imagine ?

Donc en cas de pénurie, surtout une pénurie qui dure depuis 10 ans, les salaires se seraient envolés non ?

Eh bien d’après la dernière étude annuelle du CNISF le salaire médian brut annuel n’a évolué que d’environ 5.5 % depuis 2004 (p. 77).

Et si on prend en compte l’inflation, les salaires ont en réalité diminué  !

Pour une pénurie, on repassera…

 intrigue

Maintenant, arrêtons-nous un peu avec tous ces chiffres et prenons un peu de recul.

En tant que freelance et créateur d’entreprise, je connais bien le marché du travail, j’y retourne souvent pour chercher mes missions. Je rencontre des boîtes, je travaille pour elles et il m’arrive même de m’occuper de recruter pour elles.

Je vois des boîtes qui se plaignent d’avoir du mal à trouver des candidats et crient à la pénurie. Sauf que :

  • les salaires d’ingénieurs en études/recherche et conception sont inférieurs à des postes d’ingénieurs de même expérience dans d’autres domaines (commercial, marketing, administration, gestion, ressource humaine) (Page 77 de l’étude du CNISF).

Payer 35k un type avec 5 ans d’exp, c’est juste ridicule. Récemment en freelance on m’a demandé pour une mission une expertise sur Android, Windows Phone, Ipad/IPhone, framework WS Java, client lourd .Net, tout ça pour 380 euros/jour. Pour l’anecdote j’ai même vu passer des offres en freelance à 250 euros/jour.

Note : Pour simplifier, multipliez le taux journalier par 100 pour trouver l’équivalent salaire annuel…

Pour le coup, tous les métiers « techniques/scientifiques » souffrent du même problème, d’où une désaffection pour ces études. Un rapport européen fera même deux remarques pertinentes sur ce sujet :

      • le statut social du chercheur ou de l’ingénieur et même du médecin s’est notablement dégradé dans beaucoup de pays européens;

      • les rémunérations des métiers à caractère scientifique se sont, elles aussi, dégradées, comparativement à celles d’autres secteurs. Après des études souvent plus longues et plus difficiles, les salaires évoluent beaucoup plus lentement.

  • Certains cherchent à trouver des personnes qui connaissent des technos qui datent de moins de 2 ans (et pas cher). Alors oui, c’est dur. Mais il existe ce qu’on appelle des formations : vous êtes au courant ?
  • Beaucoup de recruteurs, et même des professionnels de l’informatique (?!) ne comprennent pas notre métier

« Ah vous connaissez seulement Y ? Mais chez nous on fait du framework X »

=> tu sors [ ]. Mon métier n’est pas « expert en framework Y version 4.2 », mon métier c’est ingénieur études et développement. Encore heureux que je sois capable de passer au framework X.

En 10 ans j’ai fait du dev mobile sur PDA avec les MFC, du C++ dans les télécoms, des batchs de builds sur plateforme .Net, du Web en PHP, Python, Java, JavaScript, de l’avant-vente, du Tuxedo (!), du MVS (!!) et j’en passe (vraiment !).

Ça rejoint la remarque précédente, les boîtes sont juste frileuses à former les gens mais qu’on ne me parle pas de pénurie. C’est une question d’adéquation entre les postes et les personnes disponibles, et ça se résoud. Non, nous ne sommes pas fichus si nous avons fait 5 ans de Java/Python/C# (faites votre choix). Et oui nous sommes capables de passer de la réalisation de sites Web à du back-office financier ou des outils de bench voire même, tenez-vous bien, à faire de l’avant-vente.

Mais c’est vrai aussi que certains entretiennent cet état de fait en cultivant ce côté hyper spécialisé par langage/plateforme etc… A ceux là, petite vidéo qui vous sera utile : Be water my friend 😉

  • L’informatique est l’un des secteurs qui pratique le plus le jeunisme.

Sénior à 5 ans d’exp, Expert à 8 ans. Rappelez-vous qu’on est censé bosser 42 ans… C’est sûr qu’en ne piochant que dans les profils entre 1 et 5 ans d’exp on trouve moins facilement… Dis-moi, ton expert BigData introuvable sur le marché, pourquoi tu prendrais pas un type de 45 piges expert en bases de données et que tu lui filerais pas une formation ? Ah oui j’oubliais, ça coûte « cher ».

Et pour ceux qui douteraient de ce « jeunisme » :

  1. http://pro.01net.com/editorial/266502/quand-lage-devient-un-obstacle-redoute/
  2. http://www.specis.org/Actualites/Actualites-du-MUNCI/Recrutements-l-informatique-s-enfonce-dans-une-course-effrenee-au-jeunisme
  3. http://www.journaldunet.com/solutions/emploi-rh/analyse/l-informatique-toujours-severe-avec-les-seniors.shtml
  4. http://munci.org/Recrutements-l-informatique-s-enfonce-dans-une-course-effrenee-au-jeunisme

 

  • Dernier point, les perspectives d’avenir ne sont pas super reluisantes…

Passé 30 ans, si vous êtes toujours développeur, votre évolution de carrière est terminée. Dans beaucoup de boîtes (ces fameuses SSII), vos managers directs sont des commerciaux, souvent jeunes eux aussi, qui ne voient en vous qu’un centre de coûts (ou de commissions). On vous infantilise et votre seule porte de sortie, c’est le management ou de changer de secteur.

Alors c’est sûr, quand on cherche uniquement des jeunes, pas chers, hyper spécialisés, ben c’est pas si simple ma pauvre dame, vous comprenez bien pourquoi on doit faire de l’offshore…

Oui car finalement on en revient uniquement à une question d’argent. On crie à la pénurie :

  • Pour rendre acceptable le recours à l’offshore

Et même, accroche toi à tes cheveux tu vas avoir mal, à se faire aider par l’état pour ouvrir des formations de gestion de projet offshore.

  • Pour inciter les pouvoirs publics à augmenter le nombre de formations et réviser les programmes jugés pas assez proches de l’entreprise.

Ben oui, ce serait encore mieux d’avoir 60 000 nouveaux ingénieurs par an. Déjà on éviterait cette affreuse flambée des salaires qui nous menace (ou pas). Et puis qu’est-ce qu’on s’en fout qu’ils connaissent plein de trucs, de toute façon on les gardera jusqu’à 30 ans et ils auront pas le droit à la parole donc faites leur juste 5 ans quelque chose, n’importe quoi, du Cobol par exemple.

Comme ça, quand on cherchera des stagiaires avec 5 ans d’expérience on trouvera plus facilement : http://urgentrecherchestagiaire.tumblr.com/ .

 

L’offshore ?

L’offshore, parlons-en. À moins que vous ayez vécu en hibernation depuis 20 ans, vous devriez connaître, mais remettons en une couche, au cas où.

Pour résumer très vite, l’offshore, c’est la délocalisation. Pourquoi délocaliser ? Comme on l’a vu plus haut ce serait soi-disant pour des problèmes de pénurie de main d’œuvre. Enfin disons que certains ont le culot infâme de vous avancer cette explication. D’ailleurs, la prochaine fois qu’un type vous dit que l’offshore c’est pour résoudre les problèmes de pénurie de main d’œuvre mais absolument pas (juré/craché) pour les coûts :

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En réalité c’est surtout pour les coûts. Quelques chiffres, l’ingénieur informatique à Madagascar, en Inde, en Roumanie ou au Maroc touche entre 300 et 800 euros/mois.

Évidemment quand un département achat voit ça, tel un pitbull affamé, il saute sur l’occasion. Imaginez-vous, un français pour un équivalent de 3 ou 9 gars un peu plus loin, des économies de bureau, pas de charges sociales, des contrats de travail qu’on peut casser dans la journée. Trop top !

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Dans la réalité c’est autre chose, les coûts de communication, le turnover très élevé, le surcoût en management, pas si simple de s’y retrouver. Et surtout, pas si simple de mesurer le gain !

Une anecdote rapportée par un freelance, imaginez un projet où une petite évolution doit être faite, 4 cases à cocher à rajouter sur un site pour dire « oui j’ai accepté tes conditions générales que j’ai en fait pas lues mais qui avaient l’air d’être au demeurant super sympa quand même ».

« Truc de ouf » me diriez-vous, le truc genre même avec un bras dans le plâtre, même si tu bosses sur Websphere et même en imaginant que tu aies une campagne de test à faire avec Quality Center, je pense que tu le fais pas en plus d’une semaine et je suis vraiment super large.

Eh bien ça a été vendu plus d’une centaine de jours. Mais nos amis du département achat étaient super contents, car la journée ne coûtait pas plus de 200 euros/jour…

Vous noterez au passage les marges des intermédiaires qui, d’un salaire de 500 euros/mois pour un ingénieur en Inde, arrive à vous facturer 200 euros/jour la prestation, mais c’est pas le sujet.

Parmi les autres anecdotes, (JC, si tu me lis), un type part en Inde pour former une équipe sur un logiciel. Le démarrage est repoussé de 1 mois. Le projet démarre. Plus aucun des types n’est encore dans la boite.

Une autre anecdote pour terminer, après promis j’arrête. Imaginez une société qui fait vraiment l’effort de recruter en France. Enfin disons qu’elle fait semblant. Elle propose un salaire de 40k pour un mouton à 5 pattes avec plus de 5 ans d’exp (un vétéran !) et comme par hasard, elle trouve pas. Réflexe, elle cherche à l’offshore. Et elle prend…. 5 débutants sortis de l’école payé ras les pâquerettes.

Ah ben c’est sûr, si on change les critères d’embauche c’est plus facile aussi.

Et j’en ai plein d’autres comme ça…

 

Attention, il paraît que parfois ça marche, perso j’ai jamais vu, mais j’admets que c’est possible dans certaines conditions. Et peut être que déjà une des pistes c’est d’éviter de considérer ces ingénieurs offshore comme une sous main-d’œuvre qu’on chercherait à payer le moins possible. « if you pay peanuts, you get monkeys ».

Cette approche découle d’une vision comptable du problème où on cherche à produire plus de lignes de code par jour pour un coût inférieur. Sauf que cette métrique n’a aucune valeur, si ce n’est dans un fichier Excel de manager.

Les SSII

Ce passage je savais pas trop comment l’aborder. Évidemment c’est facile de troller, il y a des milliers d’exemples faciles à trouver sur tous les dysfonctionnements des SSII, donc pas sûr que j’ai envie d’en rajouter une couche.

D’un autre côté je bosse toujours avec certaines. Quand tu connais les règles du jeu tu peux réussir à bosser correctement avec, en restant freelance s’entend bien évidemment. Et parmi les 15 000 SSII existantes, il y en a des biens. D’ailleurs même dans celles ayant une mauvaise réputation on peut trouver des services, des BU, des chefs ou des commerciaux de qualité. Inutile donc de commenter pour me dire que telle ou telle SSII est différente, vous êtes juste sur une extrémité d’une courbe de Gauss.

Ce qui m’intéresse surtout c’est le côté pervers des SSII sur l’économie numérique dont j’aimerais parler.

Je l’ai dit plus haut, un salarié sur 2 du secteur informatique bosse en SSII. En fait les SSII apportent une réponse à une demande des entreprises, la flexibilité. Les SSII sont des soupapes de sécurité pour les boîtes qui ne veulent pas s’empêtrer dans des difficultés d’embauche et/ou de licenciements.

La SSII étant une soupape de sécurité, ne vous leurrez pas, ça se paie. Si vous êtes un de leurs salariés, vous payez donc « une seconde assurance chômage » pour anticiper les risques d’inter-contrat. Et vous la payez avec tout le surcoût d’une véritable administration bien lourde.

Dommage, cette flexibilité vous la fournissez mais vous n’y gagnez rien, c’est même l’inverse.

Alors partant de là, quand on voit les SSII qui aimerait bien se faire financer les périodes d’inter-contrat par l’assurance chômage (Cf les contrats de chantiers) ou qui se font déjà financer l’intercontrat par le Crédit impot recherche, en pénalisant ceux qui en ont vraiment besoin, on a envie de crier au scandale.

Est-ce que j’oserais même parler du fait qu’une grande majorité des SSII est dans l’illégalité ? Si vous en doutez, revoyez les définitions de « délit de marchandage » et de « prêt illicite de main d’œuvre« . Sachez qu’en France le prêt de main d’œuvre est encadré et réservé aux agences d’intérim.

C’est un sujet qui serait relativement long à détailler donc je vous invite à vous renseigner par vous-mêmes.

Je ne parle même pas de ces fausses SSII qui sont en réalité des émanations d’autres boîtes ayant pour seul but d’externaliser l’IT dans une boite « sacrifiable ». Pour celle là, on rentre dans la définition de « dépendance économique »

(Note : Rassurez-vous amis freelances, cette notion de « dépendance économique » n’est pas obligatoirement basé sur le Chiffre d’affaires.)

Donc si on résume, 1 salarié sur 2 dans le secteur IT bosse pour des boîtes qui phagocytent une bonne partie de la richesse intellectuelle nationale, qui siphonnent l’innovation (via l’utilisation du CIR) et qui sont dans l’illégalité.

Mais pire, structurellement, avoir un marché constitué en grande partie de sociétés de services est un frein, soit l’équivalent de 4 balles dans chaque pied. Je m’explique.

Une moitié des salariés du secteur sert de soupape de sécurité pour les DSI et les éditeurs. Cette moitié ne participe pas à la même logique d’innovation de ces derniers. La SSII repose sur la provision de services, rien de plus. Le modèle commercial repose sur la marge et le nombre de jours vendus, pas sur un quelconque service/produit. Vous avez donc la moitié des salariés dans l’informatique qui ne sert qu’à facturer l’autre moitié.

Allons plus loin : Top 100 mondial des éditeurs de logiciels (ou là).

Un seul français dans le top 100 mondial des éditeurs : Dassault System, pour 74 boîtes US, loin du ratio de population entre les deux pays (ils ne sont « que » 5 fois plus).

D’ailleurs en France, sur le 10 des éditeurs on trouve… des SSII…

Sur le top 100 des sociétés de services mondial par contre, 5 françaises, et des bien placés.

Ça donne bien l’impression qu’avant d’avoir un Google/Apple/Oracle en France, il va falloir se lever tôt.

Quand un pays a structurellement une économie majoritairement tournée vers la provision de services (la partie D dans R&D), il ne faut pas s’étonner qu’elle ne devienne qu’un fournisseur et un consommateur. Et comme en plus sur la partie D(éveloppement) nous ne sommes pas les meilleurs marchés, poursuivre dans cette voie est suicidaire.

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Sans innovation, nous sommes en concurrence directe avec les pays émergents qui produisent à bas coût. Cours de géographie de 4ème je pense ?

Et pour en rajouter une couche, si jamais vous vous plaignez du manque d’humanité dans ce secteur et du peu de considérations que vous avez en général sur vos choix, sur le matériel qu’on vous fournit, sur le confort de vos open space, j’aimerais vous rappeler un détail.

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi en tant que prestataires le circuit d’intégration dans l’entreprise cliente passe par la direction achat et non la direction RH ?

Certains freelances considèrent ça normal. Pas moi. C’est symptomatique de la perception de votre valeur dans l’entreprise. Vous passez par le même département que celui qui fait les commandes de fournitures. Vous passez par le département qui réfléchit en terme de coûts. Et votre coût est calculé en fonction du nombre de m² que vous prenez, le prix de votre chaise, de votre poste et des fournitures que vous consommez (papier toilettes compris).

Être considéré comme un humain, une personne qui apporte à l’entreprise et non un meuble, impliquerait plutôt selon moi que vous passiez par un département RH. Même si, je vous l’accorde, certains ont de gros progrès à faire pour interviewer des freelances/prestataires.

 

Le court-termisme

Rien d’étonnant à ces phénomènes. L’informatique comme tous les secteurs d’activités pâtit de la financiarisation à outrance qui sévit depuis des années et pousse au court-termisme. Si vous avez l’occasion, je vous conseille l’excellent livre : Les crises de Olivier Berruyer.

Les SSII dont l’essor démarre fin des années 80 traduisent une volonté de baisse des coûts par l’optimisation de l’utilisation des ressources.

L’offshore qui explose depuis le début des années 2000 constitue une recherche de baisse des coûts bruts.

Mais ça ne reste que du court terme, la perte de savoir-faire, la baisse de qualité, le coût grandissant des grands rateaux de management, tout finit par se payer. Et comme toujours, avec intérêt.

J’avais déjà abordé ce sujet sur un angle plus léger : wecodelikestars

Et les alternatives ?

C’est pas tout ça mais il serait peut-être temps de discuter des alternatives.

Déjà résumons le problème initial :

  • Les sociétés demandent de la flexibilité, parfois de la qualité, des profils adaptés, de ne pas se ruiner.
  • Les informaticiens demandent de la reconnaissance tant sur le salaire que sur leurs perspectives de gestion de carrière.

La flexibilité est souvent considérée comme un gros mot, une insulte en France où on l’assimile à la précarité. Cette partie sera donc sans doute la plus polémique. J’assume. Au pire passez à la suite.

Pour ma part, dans notre branche où le chômage reste inférieur à la moyenne nationale et où les avantages pourraient compenser les inconvénients, j’ai la faiblesse de croire que nous y serions gagnants.

De toute façons, ne vous leurrez pas, si vous travaillez en SSII aujourd’hui, vous êtes les seuls à supporter le coût de la flexibilité quand votre entreprise vous culpabilise et vous pousse à prendre des congés en cas d’interco ou vous impose des déplacements lourds via des clauses de mobilité souvent abusives.

Aujourd’hui, le contrat de travail, c’est un peu comme le contrat de mariage, une tradition un peu lourde avec pas mal de paperasse qui donne l’illusion de la stabilité en tentant de forcer les mauvaises situations à perdurer.

Et si on sabrait ? Réduction des périodes de préavis, assouplissement des modalités de licenciements, pas de mise sous tutelle au bout de x licenciements. Ça semble rude, et sans doute pas adapté à tous les secteurs d’activité.

Pour le nôtre, on diminue la nécessité de passer par une société de services ou tout du moins, on le limite aux cas où la société apporte une vraie valeur ajoutée.

Dans un contexte où il est simple d’embaucher et/ou licencier, vous n’avez plus besoin d’intermédiaires qui jouent ce rôle de soupape, et je vous rappelle que cette soupape à un coût et que ce ne sont pas leurs salariés qui en profitent.

Vous n’avez plus besoin de provisionner de la trésorerie pour les licenciements (vous savez qu’on nous a traités de fous chez LT de ne pas le faire ?). Et surtout, dans un contexte où il est compliqué de trouver la bonne personne, vous l’embauchez, plutôt que de l’emprunter à une société !

L’objectif c’est de ne plus servir de variables d’ajustements. En tant qu’humain, c’est d’être géré par le département des ressources humaines et non avec les achats de papier toilettes. C’est aussi de gagner plus mais de coûter moins.

Bon mais je m’égare, moi ou n’importe quel lecteur qui sera tombé ici par hasard n’a probablement aucun pouvoir là dessus. Revenons au concret.

En moins polémique il y a déjà une réponse simple en France : le freelance.

Tout le monde freelance ? Ça semble dingue non ? Et pourquoi pas ?

Rappelez-vous que le salariat tel que nous le connaissons n’est qu’une conséquence de l’industrialisation. Le « freelancing » était la norme avant qu’il soit nécessaire de former de grosses chaines de production automobile au début du 20ème. Beaucoup de métiers sont restés structurés sur des tailles d’entreprises plus petites et ne s’en portent pas plus mal.

Vous craignez la solitude ? Il existe des groupements de freelance comme www.leszindeps.fr  ou www.devlyon.fr, des groupes d’utilisateurs pour parler technique ou business, des espaces de coworking, des associations (fier d’être développeur), des réseaux ;).

OK, j’avoue, avec l’administratif qui y est lié on peut être rebuté, l’administration française aime le papier, vraiment… beaucoup… Pour créer une boite au Royaume uni, extrait de http://www.entrepriseindividuelle.info/royaume-uni.php :

Elles sont beaucoup plus faciles et beaucoup moins coûteuses qu’en France. Pour créer une société, on ne vous demande pas d’extrait de casier judiciaire, de publication légale, de photocopie de pièce d’identité, de justificatif de domicile, d’extrait d’acte de naissance, de preuve de nationalité, etc… Organisme d’enregistrement pour les sociétés unique pour tout le Royaume-Uni : la Companies House. Possibilité d’effectuer de nombreuses démarches par internet ou pas télétransmission. Pas de publication légale (l’enregistrement des créations et des actes à la Companies House vaut publication).

Et on passera sous silence les monstruosités que sont l’URRSAF, le RSI, les procédures diverses et variées pour tout et n’importe quoi.

Mais rien ne vous empêche d’adhérer à des SCOOP ou des sociétés collaboratives qui s’occuperont de cette partie. Proche de nous on peut citer ScopyLeft, Lateral-Thoughts, Ninja-Squad, Arpinum et plein d’autres encores, plus loin (et plus gros) Valve, Spotify, Zappos.

Etre freelance ou faire partie de ces boîtes, ce n’est pas seulement pour apporter de la flexibilité aux sociétés. C’est aussi une réponse pour nous, informaticiens, à cette fameuse question « Comment travailler autrement ? »

Pour nous, informaticiens, travailler autrement c’est être enfin reconnu pour son boulot. Financièrement déjà. Freelance ou salarié de société collaborative c’est beaucoup mieux payé. En contrepartie vous gérez votre risque mais vous êtes loin d’avoir le même risque qu’un constructeur automobile, je vous le garantis.

En contrepartie, à grands pouvoirs, grandes responsabilités comme disait Oncle Ben, et donc travailler autrement c’est aussi être responsable. En même temps, on vous a donné une éducation relativement longue et coûteuse, dommage quand même de l’épuiser à jouer au grouillot de base sans aucune initiative. Ah je vous l’accorde, c’est fatigant de ne plus se faire guider par la main, mais qu’est ce que c’est gratifiant.

Enfin, travailler autrement c’est travailler en toute transparence. La grande particularité des sociétés collaboratives c’est que toutes les infos sont partagées et tout le monde participe aux décisions de la société. Ça pourrait sembler mineur, mais en fait ça change tout.

Traditionnellement, beaucoup d’entreprises pratiquent la langue de bois quant aux objectifs commerciaux réels, aux marges, aux objectifs de délocalisation, d’embauches, de gestion de l’image etc… On vous infantilise, on vous cache les réalités de l’entreprise car vous ne les comprendriez pas (?!). Le résultat c’est que vos décisions, quand on vous laisse en prendre, peuvent se révéler mauvaises puisque vous n’aviez pas le contexte complet.

Travailler en totale transparence c’est vous donner les outils pour prendre les bonnes décisions.

Et pour revenir aux entreprises, travailler autrement c’est aussi réinternaliser leur savoir-faire, s’approprier enfin leur propre activité cœur et valoriser les talents. Reprendre une vision long terme, c’est comprendre l’intérêt de l’expérience, valoriser les cursus techniques tout autant que les cursus des autres branches de l’entreprise.

Ça semble coûteux ? Promis, moins que de passer par des armées de consultants qui vous vendent des centaines de jours pour 4 cases à cocher. Même à prix cassés.

En contrepartie, c’est aussi faire réémerger au sein de l’entreprise une population d’innovateurs longtemps sous-employés, capable de vous donner des avantages clés dans vos métiers respectifs.

En écrivant tout cela, je me suis quand même fait une réflexion. Imaginons un instant que la production de projets informatiques soit plus efficace, plus rationnelle, que les compétences soient internalisées et valorisées sur le long terme, que les intermédiaires soient moins nombreux entraînant des baisses de coût : que vais-je devenir ???

Une blague récurrente dans l’informatique : « les bugs d’aujourd’hui sont les emplois de demain ».

Tout est dit. La mauvaise gestion des projets a quand même un avantage si on regarde au premier degré, elle produit du boulot pour des milliers de gens depuis des années.

Je travaille depuis 2001, et depuis ce temps là je vois constamment les mêmes erreurs, encore et toujours car les équipes sont sans arrêt renouvelées par cycles de 1, 2 ou 3 ans.

Cependant, nous travaillons dans l’un des seuls secteurs qui produit de la croissance économique aujourd’hui. Nous n’en sommes encore qu’au début, l’informatique se répand partout, dans tous les appareils, dans tous les secteurs d’activité.

J’ai donc l’optimisme de croire que le temps passé à tenter de contenir, et non réduire, nos dettes organisationnelles et techniques aujourd’hui pourrait être passé à créer plus et mieux demain.  Et pourquoi pas le futur Google en France ?

Bref, travailler autrement, ce n’est pas si simple, mais cela ne tient qu’à vous.

 

 

 

En prime, pour ceux qui veulent approfondir sur le sujet :

 

Note : Images en provenance des joies du code

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  • Petite remarque quant au freelancing: est-ce que le fait de souvent (enfin il me semble) passer par des sociétés de portage ne fait pas revenir le systeme à celui des SSII ?
    Y’a t’il des boites qui commencent à passer en direct avec les freelances, sans portage ?
    J’imagine que si le freelancing se généralise, certains ne manqueront pas de s’engouffrer dans la breche en essayant d’imposer le portage sous une forme ou une autre.

    Et derniere remarque: il y a SSII et SSII 😉

    • hlassiege

      Oui il y a des boites qui passent en direct, même des très grosses. C’est évidemment préférable quand on les trouve. Mais comme les freelances n’ont pas tous des réseaux commerciaux très développés, c’est là ou les intermédiaires ont tous leur sens (d’ailleurs il existe aussi des commerciaux freelance).

      L’objectif pour le freelance reste de minimiser les intermédiaires mais parfois ca lui apporte un service :
      – référencement
      – trésorerie (paiement à 30 jours alors que le client final paie a 60)
      – commercial (recherche et parfois renégociation)

      Certains intermédiaires ne font d’ailleurs que du placement de freelance et n’ont aucun salarié. Ce sont la plupart du temps des entreprises venu des US ou du Royaume Uni puisque ce mode de contractualisation y est beaucoup plus fréquent.

    • Guillaume Balaine

      Salut François,

      Si tu as lu l’article, tu sais que tu es à l’extrémité de la courbe de Gauss 🙂

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  • AlexG

    Tres bon article.

    Le concept même des SSII est aberrant. En Angleterre, un intermédiaire prend 20% pour te faire bénéficier de ses contacts; En France, une SSII doit te vendre a 300% de ton salaire, et que se passe-t-il une fois la mission initiale terminée? On pousse a la démission? On glandouille dans le cagibi de la SSII? On part sur une mission qui n’a rien a voir avec ce que le collaborateur veut faire? C’est la pire forme de salariat possible. Il y a 0 avantages pour le salarié.

    Je pense comme toi que pour débloquer la situation il faut assouplir l’emploi (Et éduquer les gens pour leur faire comprendre qu’il n’y a pas que le contrat a durée infini qui existe;), en tout cas dans les professions qui se portent pas trop mal, comme la notre.

  • lude

    Ayant travaillé au Québec 3 ans, qui n’est pas quand même pas la Silicon Valley, voici une petite comparaison:
    1) Les salaires étaient plus élevés même en prenant en compte la retraite par capitalisation et le coût de la vie
    2) Moins de jeunisme et on prend en priorité les profils qui ont de l’expérience: tout le contraire de ce que je vois en France où on se méfie du vieux de + 30-35ans, on cherche en priorité le pas cher …
    3) Plus de flexibilité avec ses avantages et inconvénients: beaucoup de profils qui enchainents les contrats de quelques mois (en France ça serait suspect). Il faut aussi épargner pour les périodes creuses. Mais bon là bas le contrat de permanent n’apporte pas tellement + de sécurité de l’emploi (ça aide pour les demandes de prêts), même en tant que permanent on peut se faire virer illico-presto. Donc pas mal d’informaticiens continuent à faire de la consultation et ne lorgnent pas forcément sur les postes de permanent, ça reste économiquement plus intéressant.

    4) Beaucoup + d’indépendants (incorporés là bas, il n’y a que les Français fraichement débarqués qui se font payer via des sociétés de consultation).

    5) Pas de gros du secteur cependant et dans tout le Canada de façon général ( à part RIM qui coule, il reste CGI mais c’est une SSII…). Il y a aussi beaucoup plus de petites entreprises.

    Je pense que le système français des SSII est malsain (je ne pense pas que ça soit très différent en Europe malheureusement). Je suis content de voir que je ne suis pas le seul à penser que les salaires ne sont pas à la hauteur et que le métier n’est pas pris sérieusement (on préfère des gens pas chers avec les risques supplémentaires que ça comporte).

    Je suis aussi pour + de flexibilité, je pense que ça permettrait de réduire tous ces intermédiaires qui n’apportent pas de valeur.

  • Ton article est excellent par son contenu et le travail de présentation des sources.
    Bravo car si le constat est connu, peu de gens prennent le temps de poser clairement le problème.

  • DuyHai DOAN

    Réflexion intéressantes sur les transformations du secteur informatique.

    Néanmoins, à supposer que tout le monde passe en indep, la situation ne serait pas tellement mieux.

    Je m’explique. L’intérêt des SSII comme tu l’as dit, c’est la flexibilité, mais il n’y a pas que cela. L’autre aspect c’est toujours moins cher.

    On rejoint de plus en plus le monde de la grande distribution. Pourquoi la majorité des grosses boites ne passent que par des SSII référencées ? D’une part pour la flexibilité OK mais aussi pour pouvoir dire « Cette année c’est la crise, comme vous avez 2000 consultants chez nous, faites donc un geste commercial, -10% ». C’est le concept des centrales d’achat. On est des « produits »

    Si tout le monde était indep, il est illusoire de croire que les grosses boites traiteraient directement avec nous. Il faudrait quand même passer par un intermédiaire « grossiste » qui va prendre sa belle marge.

    Sans compter les collusions et conflits d’intérêt en tout genre. Les commerciaux SSII qui font du golfe avec la direction des achats ETC…

    La question fondamentale dont il faut trouver la réponse c’est « Moi en tant que grosse boîte, quel intérêt aurais je à traiter avec 10.000 freelances plutôt que 50 SSII référencées ? »

    Le seul argument en faveur des freelancers serait la « qualité » encore que, il faut démontrer que les freelancers soient plus « compétents » que certains de nos collègues en SSII. L’inverse étant vrai également. Ce n’est pas parce qu’on est en SSII qu’on est mauvais.

    • hlassiege

      Ce billet ne dit pas « tous freelance ! »
      Etre freelance a des désagréments, administratif, commercial etc… Freelance offre plus de liberté mais demande plus d’organisation personnelle.

      A ta question fondamentale
      « Moi en tant que grosse boîte, quel intérêt aurais je à traiter avec 10.000 freelances plutôt que 50 SSII référencées ? »
      j’ai envie de poser une autre question :
      « Moi en tant que grosse boîte, quel intérêt aurais-je à traiter avec, ne serait-ce qu’une seule SSII, si j’avais la possibilité d’embaucher/licencier simplement ? Moi en tant que grosse boîte, quel intérêt ai-je à perdre le contrôle de mon SI et à devenir captif de quelques SSII dont le turnover incessant menace la qualité de mon métier ? Quel intérêt ai-je à externaliser mon métier jusque dans des pays qui deviennent au fur et à mesure mes concurrents ? »

      Ok, un changement sur la législation du travail n’est pas pour demain, et serait sans doute néfaste dans les mains d’un politicien guidé par des lobbys. Se contenter intellectuellement d’explorer cette piste n’est donc pas satisfaisant. Ca ne se joue pas à notre niveau. Même si, comme le billet le souligne, je suis convaincu que poursuivre dans cette voie d’une économie orienté services est suicidaire pour notre économie et nos emplois. Déserter le terrain du numérique, qui est l’un des seuls secteurs de croissance est une erreur stratégique. Mais passons, nous ne sommes pas les décideurs.

      En étant cynique je poserais donc une autre question fondamentale :
      « Moi en tant que professionnel, quel intérêt ai-je à jouer le produit pour des entreprises quand le métier ne me plait pas et le salaire ne me convient pas ? »

      A défaut de changement profond, j’ai le choix d’accepter de jouer le jeu de cet « intérim de luxe » ou de prendre un peu plus de risques, de perdre certains gros clients (et encore, c’est faux, j’ai bossé avec des gros en direct) mais de choisir mieux les entreprises avec lesquelles je veux travailler. Si une entreprise souhaite de la viande à canon, tant pis c’est pas ici que je m’épanouirais et je préfère donner de ma personne pour des entreprises plus utiles pour l’économie.

      Mais évidemment l’idéal pour moi c’est de participer à cette mutation numérique et de participer à la création des prochains github, square, dropbox, airbnb. J’espère, un jour 🙂 Et la piste du freelancing ou des boites collaboratives/coopératives sont parfois des tremplins vers ce type d’entreprenariat.

      Au final pour moi c’est :
      – tu prends la pilule bleue pour rester dans un « bohneur artificiel », tu persistes dans un statut quo nocif pour toi et à long terme pour tout le monde mais confortable
      – tu prends la pilule rouge, tu acceptes une réalité plus douloureuse où tu prends tes responsabilités même si potentiellement tu te prendras quelques claques. Et tu tentes d’améliorer les choses, pour toi dans un premier temps, pour d’autres ensuite, peut être sans y arriver.

      • DuyHai DOAN

        Tu prêches un convaincu.

        On a eu déjà cette discussion avec plusieurs collègues.

        « Moi en tant que grosse boîte, quel intérêt aurais-je à traiter avec, ne serait-ce qu’une seule SSII, si j’avais la possibilité d’embaucher/licencier simplement ? »

        –> Une réponse se trouve dans mon post précédent. C’est l’effet de volume, c’est le prix. C’est comme dans la grande distrib. Quand tu traites avec une SSII mais avec un contrat annuel de 2000 prestas, c’est très facile de négocier le prix.

        La même chose avec 2000 indeps, c’est déjà plus délicat, ne serait ce que sur le plan administratif, il faut renégocier et re-signer 2000 contrats. Mais ceci est un détail négligeable face à des raisons plus sérieuses:

        1. « Faire porter le chapeau ». Le DSI d’une grosse boite, s’il a un gros projet de plusieurs M€, préfèrerait faire appel à des gros acteurs du marché genre CapGemini, Accenture … plutôt qu’à une armée d’indeps même très très bons. Pourquoi ? Parce qu’en cas de problème, il pourrait toujours se justifier auprès du PDG en disant « Moi j’ai fait ce qu’il fallait, j’ai fait appel à XXX qui est un grand acteur connu bla bla bla ».

        2. Des indemnités garanties dans les contrats. Sur des très gros projets, il y a des pénalités de retard. Seules les grosses boites peuvent accepter ce genre de mission. Tu vois un indep ou même un groupement d’indep accepter ce genre de contrat avec pénalités de plusieurs k€ par jour de retard ?

        « Moi en tant que grosse boîte, quel intérêt ai-je à perdre le contrôle de mon SI et à devenir captif de quelques SSII dont le turnover incessant menace la qualité de mon métier ? Quel intérêt ai-je à externaliser mon métier jusque dans des pays qui deviennent au fur et à mesure mes concurrents ?  »

        –> C’est une question très juste, sauf que c’est un technique qui pose cette question, puisqu’il connaît la réalité du terrain.

        Tu crois que le PDG il se pose ce genre de question ? Il n’en sait rien et il s’en fout royalement. Ce qui l’intéresse c’est la rentabilité point.

        Ceux qui galèrent et qui doivent réparer les pots cassés, c’est le middle management, pas les DSI et ceux d’en haut. De plus en plus, surtout en période de crise, les DSI se bornent à faire « tourner la boutique », sans chercher à innover. Le message qu’on leur envoie c’est « faire en sorte que les coûts baissent et n’explosent pas ».

        Alors qu’une informatique bien gérée peut-être facteur d’avantage concurrentiel, c’est devenu dans l’Hexagone un poste de dépense avec le système de SSII.

        Il y a un autre facteur aggravant, c’est la consanguinité dans le monde des dirigeants.

        Les grands dirigeants du CAC40 et des SSII se connaissent tous, déjeunent ensemble, se voient souvent. Ils se refilent les affaires c’est tout.

        C’est pareil plus bas, au niveau des achats/commerciaux des SSII. On a vu certains anciens des achats de grosses boites passer commercial de SSII, pour mieux se faire référencer auprès de son ancienne boite. Le contraire est également vrai, les anciens commerciaux SSII qui deviennent acheteurs.

        Après, à une moindre échelle, pour des boites ou des projets de taille plus modeste, le slogan « tous indep » est effectivement plus facile à faire passer.

        Aux USA, on retrouve également le même genre de problème de consanguinité au niveau des dirigeants avec les grosses boites (à vrai dire c’est pareil partout) mais par contre, les lois sur l’emploi flexible mais également la MENTALITE facilite l’émergence de boite technologique pure comme Google/Facebook …

        Cela dit, mon but n’est pas de dire « ça sert à rien d’être indep » puisque j’en suis un moi-même. Je voulais juste souligner le fait que dans la réalité, la décision de se passer des SSII est plus compliquée qu’il n’y paraît, ne serait ce qu’à cause des raisons que j’ai mentionné ci-dessus. Et puis tout le monde ne veut pas/n’est pas fait pour être indep. Je connais des amis qui ne veulent surtout pas se prendre la tête, c’est leur choix de vie après tout.

        J’ai 2 potes que j’arrête pas de tanner depuis 6 mois pour qu’ils se lancent. Un a 2 gamins en bas âge, ça peut encore se comprendre qu’il ne veuille pas prendre de risque, un autre est jeune célibataire mais a peur de se retrouver au chômage…

        Bien qu’on leur montre la réalité, il y a plus de gens pour prendre la pilule bleue que la rouge, ne serait parce c’est la solution la moins fatiguante

        • hlassiege

          Dans l’ensemble ok.
          Deux remarques toutefois :
          – Techniquement des indeps peuvent se regrouper pour proposer des prestas ciblés. Je l’ai vu chez SFR et la SG avec des groupes d’indeps qui parvenaient à vendre une expertise complète sur un sujet spécifique. Et d’un point de vue administratif ce regroupement peut se matérialiser sous forme de GIE (groupement d’intérêt économique) ou GME (groupement momentanée d’entreprise)

          – Plus globalement, dans ma question  » Moi en tant que grosse boîte, quel intérêt aurais-je à traiter avec, ne serait-ce qu’une seule SSII, si j’avais la possibilité d’embaucher/licencier simplement ? » => je comparais plutot l’intérêt d’avoir des salariés interne plutot que d’avoir recours à des SSII. Je ne comparais pas SSII et indeps. Evidemment ca oblige à se poser des tas de questions, 30 ans de recours aux SSII ca laisse des marques sur les organisations. Mais pour moi le sujet il devrait être là, pas sur la différence de status des prestataires que Grosse boite X utilise.

          • DuyHai DOAN

            Je ne connaissais pas les montages GIE/GME, ça a l’air intéressant. Est ce que dans les exemples que tu as vu c’était sur des sujets spécifiques très pointus techniquement ?

            En effet, je pense que c’est LE critère sur lequel nous les indeps on peut jouer.

            Il n’y a qu’à voir un exemple concret. Pour démarrer un gros projet de Big Data, actuellement sur le marché il est très dûr de trouver des compétences expérimentées là dessus, encore moins s’il faut une équipe de 5-10 personnes. Seuls les groupement d’indeps arriveront à avoir la prestation.

          • hlassiege

            Oui dans les exemples rencontrés il s’agissait d’expertise. C’est clair que vendre un plateau d’indeps pour faire une TMA d’une appli struts c’est pas vraiment évident (et franchement pas désirable de toute facon).
            Ce genre de groupe est plus adapté pour l’exemple que tu cites.

          • yoda

            La question de l’utilité des SSII se pose même sans modification du droit du travail. Le secteur public a beaucoup recours à des SSII. Pourtant, quand on compare le coût de la prestation et le salaire d’un fonctionnaire, cela reviendrait moins cher d’avoir un fonctionnaire qui n’est pas productif plus de la moitié du temps (pour se former ou entre des projets) que de recourir à des prestataires issus de SSII. Je suppose que dans ce cas de figure, la cause est simplement la politique de « moins de fonctionnaires », qui permet de faire comme si on baissait les coûts pour l’Etat (moins de salariés) tout en les augmentant (mais comme on a besoin d’autant de main d’oeuvre, on prend à la place des prestas).

            Quant au manque de flexibilité du travail : comment cela se fait que beaucoup de patrons s’en plaignent, quand quelques sociétés n’ont aucun problème à licencier qui elles veulent quand elles veulent ? Les informaticiens sont rarement syndiqués…

        • Duyhai: mes enfants ne sont plus en bâs-âge mais merci de t’inquiéter :o)

          Sinon, Hugo, excellent article, merci et bravo !

  • Maxence

    Ça alors c’est tout pareil en Belgique.
    Excellente analyse! Merci

  • reveur81

    Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de faire appel à des freelances quand j’ai des besoins de prestation. Depuis quelques mois je travaille pour une très grosse entreprise. Et c’est incroyable, je ne peux travailler qu’avec des entreprises référencées auprès du service achat. Des grosses entreprises, hors de prix, et pas compétentes. « Non mais tu vois, il n’y a que les grosses entreprises qui peuvent comprendre les besoins et contraintes d’une boite de l’ampleur de la nôtre ».

    Et en attendant, un pauvre montage html d’un email on ne peux plus simple torché par en une heure par un stagiaire qui ne connait même les quelques trucs à connaître pour coder un mail… se voit facturé 2000€. Je ne préfère pas évoquer les prix que j’ai vu passer pour faire un site complet (et très simple).

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  • En 15 ans, rien n’a changé !
    Il est intéressant de lire un constat de l’époque (1999) : http://l.berthier.free.fr/le_livre_noir_du_consulting.pdf (prévoyez un peu de temps)

    On pourrait croire qu’avec une prise de conscience générale, les choses finiraient par s’arranger, mais au final, une fois que les gens ont conscience de ce système pernicieux, ils s’en écartent simplement (clients finaux ou freelancing) plutôt que d’essayer de le transformer (en même temps est-ce possible ?)

    Et une nouvelle vague de piou-piou entraîne une nouvelle itération de la machina …

    Qui a dit boucle infinie ?

  • Mathieu

    Article intéressant mais très caricatural et loin de la réalité à certains moments.
    En tant que vraie entreprise qui recrute (je ne suis pas une SSII), je confirme l’extrême difficulté de recrutement ainsi qu’une vraie pénurie dans les compétences. Nous les gentils, eux les méchants. La réalité est un peu plus contrastée. Oui il y a de l’exagération probable des syndicats patronaux, oui il y a des excès de part et d’autres et oui il y a une déformation importante de l’offre et de la demande (=pénurie).
    Concernant les indiens, là-aussi, nous ne sommes plus dans les années 1900 et les ingénieurs indiens ne sont pas payés les salaires que vous indiquez. D’autre part, parle t’on de brut ou de net? et enfin quid du niveau de vie? Là aussi, tout n’est pas noir et tout n’est pas blanc et oui on va en Inde pour profiter des fuseaux horaires, de compétences techniques que l’on ne trouve pas chez nous sans compter peut-être aussi des gens qui ont envie de bosser (sans faire évidemment de généralités par rapport aux salariés français…).
    Concernant les SSII, je suis 100% d’accord. C’est un mal français dû à un droit du travail délirant. La faute à qui?

    • hlassiege

      Difficulté de recrutement je n’en doute pas (j’en ai fait). La difficulté étant de faire correspondre une offre (compétences/salaires etc…) à une demande. Il y a cependant au moins deux leviers : le salaire, les formations. L’informatique bouge à une vitesse très importante, c’est normal qu’il y ait ponctuellement des problèmes d’adéquation. Mais ce n’est pas une pénurie, c’est une question de moyen.

      Concernant votre remarque sur les salariés indiens qui auraient plus envie de bosser, bon, passons…

      Par contre un détail que j’avais oublié dans le billet initialement c’est qu’on utilise aussi beaucoup l’offshore pour envoyer nos vieux projets en maintenance avec des technos obsolètes. Et la effectivement, il y a un problème car peu de gens veulent y toucher. C’est peut-être de là que vient une partie de ce sentiment de « pénurie ». Java 1.1 avec Struts, .Net 1.0 sur Windows 2000, effectivement la demande ne suit pas ou alors très bien payé 🙂 Et comme ces projets cumulent en général avec une mauvaise organisation, voila aussi sans doute votre sentiment concernant « l’envie » des informaticiens en France. Oui c’est vrai, il n’y a pas « d’envie » lorsqu’on travaille sur ces projets là.
      Mais pour une grosse partie, ces applis cimetières sont issus directement du mode de gestion des produits informatiques d’aujourd’hui ou on perd toute vision long terme. Finalement on retrouve encore les mêmes causes.

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